Kurtissime ! ! !

27 novembre 2006

[Théatre] Le Cid de Corneille

LeCidDet

Au début, on se méfie toujours de quelqu’un qui vous parle d’une pièce classique et qui, en plus, vous dit qu’elle était un vrai régal des sens. Alors, faites un petit effort et ne zappez pas tout de suite !

La représentation du Cid de Corneilles  à la Comédie française démontre à quel point une mise en scène sobre permet de servir un texte d’une musique et d’une force incomparable. D’immenses moucharabiers évoquant l’architecture andalouse, de grandes tentures, sont les seuls éléments de décor, le palais royal du roi d’Espagne.

Et pourtant , l’ambiance dramatique et sensuelle est présente, soutenue par une musique aux accents orientaux. Les couleurs des costumes caractérisent les personnages, leurs rangs, leurs fonctions, leur état d’esprit : rouge pour le roi et l’infante, marron pour les vieux dignitaires, blanc et noir pour Rodrigue et Chimène. Une Chimène métisse, menue, dont la danse indécise d’amour et de vengeance entraîne Rodrigue dans des désirs de mort, d’amour, de mort-amour…jusqu’au moment où le roi décide que Chimène qu’elle le veuille ou non (elle le veut BEAUCOUP  au fond d’elle-même), épouse Rodrigue après que celui-ci se soit couvert de gloire. 

Le_Cid_Corneille

© Cosimo Mirco Magliocca / Comédie-Française

Les acteurs, jeunes, vieux, moins vieux sont exceptionnels : chacun a sa manière d’exprimer le texte et chacune de ces manières est juste, pertinente et nous fait percevoir l’ambiguité des personnages, leurs conflits intérieurs, leurs passions, leur humanité.

Le plus merveilleux moment fut celui où, les acteurs revenaient sur scène sous les applaudissements et les vivas de groupes de jeunes enthousiastes, enfin réconciliés avec ce chef d’œuvre de notre patrimoine.

Assister aux dilemmes difficiles de personnages confrontés à leurs différentes responsabilités dans une période où le mot « valeur » semble une insulte, cela fait du bien, cela rassure. Car au fond, qu’est-ce que l’homme sinon cet être vivant travaillé en permanence par son libre-arbitre ?

Maya

Posté par Horny à 19:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


14 novembre 2006

[Film] - Pusher I de Nicolas Winding Refn

Beaucoup de retard dans mes chroniques de film, mais je tenais à parler de Pusher. Ce film fut réalisé en 1996 mais il est seulement sorti en 2006, à Paris à l'occasion des journées de promotion du cinéma.

Affiche_Trilogie

Voici son synopsis :
"A Copenhague, Frank vend de l'héroïne et fréquente le milieu de la petite criminalité. Sa dette envers le trafiquant serbe Milo l'incite à tenter un gros coup. Mais la police fait irruption pendant la transaction, et au cours de la poursuite qui s'ensuit, Frank perd à la fois la marchandise et l'argent. De rage, Frank expédie à l'hôpital son acolyte Tonny. Mais Milo commence à s'impatienter et se fait menaçant. L'urgence de rassembler une importante somme d'argent pousse Frank à multiplier les imprudences. Il va jusqu'à solliciterquelques couronnes auprès de sa mère qu'il n'a pas vue depuis longtemps.
En désespoir de cause, il achète une arme, et blesse l'homme de main de Milo avant de s'enfuir. Désormais en grave danger, il convainc son amie de l'aider à monter une ultime arnaque qui devrait lui permettre de quitter le pays dans les heures qui suivent..."

Frank
Kim Bodnia (Frank)

Le visionnage de ce film fut un choc.
Les protagonistes sont d'une brutalité ordinaire dans le milieu, rusés, pervers et veules : on est à des
siècles lumière des truands gentlemen à la façon cinéma français des années 50 - 60. Brutalité ordinaire, mais terriblement crue.
Chacun est obsédé par sa peau, par ses intérêts stricts, sans l'ombre d'un bout d'empathie, de sympathie
pour quiconque, même si les déclarations d'amitiés ne manquent pas.
Les femmes sont juste des moyens, pour faciliter une transaction, pour récupérer du fric. Elles sont
brutalisées tout du long, mais ne valent pas mieux que les hommes. Leur beauté est ici inutile.
Univers terriblement logique une fois ces prémisses intégrées.
C'est filmé comme un documentaire, du point de vue du "héros", ici Frank.
Ecoeurement ? Pas du tout. On est scotché au film tout au long de ses 95 mn grâce à une réalisation
exemplaire. On se prend même à espérer que le héros va s'en tirer. La fin se termine d'ailleurs par une interrogation : peut-il s'en sortir cette fois ?

Frank_et_Tonny
Frank et Tonny (Kim Bodnia et Mads Mikkelsen)

Les acteurs sont peu connus en France (sauf peut-être Mads Mikkelsen (Tonny), acteur danois qui a joué le rôle d'un prêtre illuminé dans "Adam's apple"). Il s'agit de Kim Bodnia (Frank) et Zlatko Buric (Milo), impressionants de naturel, même quand leur personnage est totalement faux-cul.

Milo___Zlatko_Buric


Du côté des images, on est servi : les couleurs, belles, ne servent pas à magnifier les lieux, les
personnages. Au contraire, elles soulignent l'univers minable de ces gens qui manipulent pourtant de belles sommes.
On pourrait continuer ainsi ...
Je n'ai pu voir que Pusher I. Les opus II et III semblent encore plus forts. Ils ne sont pas visibles pour le
moment dans les salles parisiennes. Attendre donc et s'il y a une sortie DVD ... vous savez ce qui vous resterait à faire.

Pusher___Critiques_Presse

Pour en savoir plus : Pusher_Dossier_de_Presse
http://www.pusher-latrilogie.com/

Posté par dolphy00 à 08:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 novembre 2006

[Film] Jean-Philippe de Laurent Tuel

Jean_Philippe_johnny

Les jeux vidéos nous ont habitués à des appellations du style « Something like » pour signifier qu’un jeu est inspiré d’un autre jeu de première référence comme par exemple les « Doom like », « Quake like », « Splinter cell like », etc … Dans le même genre, le cinéma à grand spectacle n’est pas en reste. On a pu voir ainsi des « Harry Potter like », des « Schrek like », etc … Tout cela reste tout de même avec un grand arrière-goût de concurrence commerciale états-unien like. Revenons donc à notre bon terroir de France où l’on peut aussi fabriquer des « Something like » de très grande qualité. Voici donc, devant vos yeux écarquillés, ce que je nommerai désormais les « Podium like », des comédies sur les plus grandes stars du show-biz français qui ne se veulent être ni des caricatures du genre ni des sujets à moquerie, mais de véritables fables touchantes et emplies d’humanité. Tel est le cas de « Jean-Philippe », un petit (et grand) chef d’œuvre réalisé par Laurent Tuel.

Jean_Philippe_luchini_fabrice


On peut ne pas aimer Johnny Hallyday, ça ne se discute pas. En revanche, on ne peut lui dénier sa place dans le monde du spectacle, le magnétisme qu’engendre ce monstre sacré attirant les foules, toutes générations confondues. Johnny est un monument vivant et je n’ose imaginer ce qui sera à sa disparition. Mais notre Jojo national est toujours là, bien vivant, toujours bien campé sur ses deux jambes malgré la pré vieillesse, les abus de drogue, d’alcool et autres "plaisirs", pervers ou non, ou plus simplement les préoccupations de sa vie privée l’obligeant à avoir désormais les yeux fixés sur le prompteur d’avant scène où défilent les paroles de ses chansons. OUI MAIS ! Et si Johnny n’avait pas existé ? S’il n’était resté qu’un Jean-Philippe Smet totalement anonyme ? C’est ce que tente de nous démontrer ce film qui a bien failli m’arracher parfois les larmes, et pourtant je tombe assez rarement dans le mélo larmoyant.

Jean_Philippe_luchini_fabrice_johnny_hallidayLes acteurs principaux ont gardé leur véritable prénom dans la vie, et pour cause, mais je ne peux vous raconter le pourquoi car il y a un bien un pourquoi. Ainsi Fabrice Lucchini qui nous a toujours habitué à des démonstrations hyper théâtrales de son art des planches jusqu’au devant de la caméra, devenant un « Gérard Philippe like »ou un « Jean-Louis Trintignant like », campe ici-bas un employé de bureau « Podium like », fan de Johnny Hallyday dans toute sa splendeur allant jusqu’à mettre en cause sa propre vie privée. Mais le clonage de Podium s’arrête là même si un immense clin d’œil en forme d’hommage y est présent dans le film. Et nous faisons ainsi connaissance avec un Jean-Philippe Smet qui n’aura jamais été Johnny, personnage empli d’humilité, écrasé par le monumental poids de la tristesse de n’avoir pu accomplir son destin, et interprété avec un brio inattendu par le maestro en personne, démontrant ainsi que de la scène à l’écran, son immense talent n’est plus à prouver.

Alors vraiment mon Johnny, pour ceux qui ne t’apprécient pas, sûrement parce qu’ils te méconnaissent, j’espère qu’enfin ils découvriront au travers de ce film pourquoi il est impossible de ne pas t’aimer. Si vous avez loupé ce film en salle, vous le trouverez désormais en DVD.

Aux lecteurs de ce blog, vous pouvez non seulement réagir sur ce film mais je vous lance aussi un petit défi. Choisissez un personnage célèbre incontournable de votre admiration et, à l’instar de « Jean-Philippe », laissez courir votre imagination pour dire ce qui se serait passé s’il n’avait pas existé. A vos pluviers ! (Pluvier = plume + clavier, ne pas confondre avec l’oiseau du même nom).

The Suuurge ...

Posté par Horny à 11:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 novembre 2006

[Film] - Je vais bien, ne t'en fais pas

J'avoue avoir toujours un brin de réserve lorsque je vais voir un film "psychologique français". C'est moins risqué qu'un film réputé drôle mais ...
De plus, le visage de l'actrice sur l'affiche (Mélanie Laurent) laisse augurer d'un rôle principal tenu par une jeune fille volontaire mais fragile (ce qui est bien le cas, d'ailleurs), un peu nian nian ... mais là c'est faux.

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Cependant, le bouche à oreille et les critiques sur les sites cinéfils incitent à y aller tout de même. Go!
Le thème : Peut-on parler à ses parents ?
Sujet essentiel selon Jérôme Charyn et bien d'autres !
Est-ce possible quand on a 20 ans ? Ne sont-ils pas totalement englués dans une vie gris muraille, sans autre horizon que la télévision et le pavillon de banlieue ? Ont-ils seulement encore une vie sentimentale ? des ambitions ? des désirs ? Questions existentielles majeures à 1 € !
Le frère disparu répond non (patience, vous allez savoir comment).
Le nouvel ami de coeur de Lili, lui, ne répond pas, mais sans les mots la réponse est bien plus cruelle.
Et Lili ? Plutôt ouverte, elle n'a a priori qu'un seul reproche à leur faire, mais il est de taille : son père se
serait la cause du départ du frère jumeau, autrement dit d'une part d'elle même. On commence de sortir des clichés générationnels.

Paul__Kad_Merad_
Paul (Kad Mérad)


Tout de même, ce père (magnifique Kad Mérad), il pourrait avoir quelques gestes montrant sa peine, son
impuissance face aux événements, sa compassion envers sa fille. Mais non ! Il a un bon coup de fourchette. Son affection pour sa fille ne se traduit que par un conflit ouvert  avec le médecin, lui-même un peu caricatural dans sa posture de je-sais-tout-passez-votre-chemin : qui est le chef ? qui a la plus grosse ?.
Et les choses ne s'arrêtent pas : Lili reçoit des cartes postales de son frère, ce qui d'ailleurs la sauve de la
mort par anorexie, et ces cartes sont des plus agressives envers le père, ce vieux con.

A_table
Où le vieux con en prend pour son grade

Le film quitte alors ce marécage psychologisant pour s'intéresser à la nouvelle vie de Lili : la fin des études, le monde du travail, la vie sentimentale peu à peu ... et la poursuite alla Sherlock Holmes des traces de son frère.
Lors de ce jeu de piste, une tenancière d'hotel, serpillière à la main, un rien excédée par sa vie d'une platitude exemplaire, lui annonce qu'il vient de régler sa note, là, il y a à peine 5 mn.
On est accroché, on y croit. Le film est captivant, malgré la minceur de l'intrigue.
Et puis ...
... tout bascule ! Ce film prend alors une dimension vertigineuse, en dépit de quelques invraissemblances.

Lili__Melanie_Laurent_
Elles est douchée, Lili, et nous avec (Mélanie Laurent)

On pleure ! Oui, c'est pire que dans un film de Bollywood ! Cela devient d'une sensibilité formidable. Allez, on se lâche, ça fait du bien !

Pour en savoir plus : site du film

Critiques Presse
Critiques_Presse

Posté par dolphy00 à 22:53 - - Commentaires [1] - Permalien [#]