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Au début, on se méfie toujours de quelqu’un qui vous parle d’une pièce classique et qui, en plus, vous dit qu’elle était un vrai régal des sens. Alors, faites un petit effort et ne zappez pas tout de suite !

La représentation du Cid de Corneilles  à la Comédie française démontre à quel point une mise en scène sobre permet de servir un texte d’une musique et d’une force incomparable. D’immenses moucharabiers évoquant l’architecture andalouse, de grandes tentures, sont les seuls éléments de décor, le palais royal du roi d’Espagne.

Et pourtant , l’ambiance dramatique et sensuelle est présente, soutenue par une musique aux accents orientaux. Les couleurs des costumes caractérisent les personnages, leurs rangs, leurs fonctions, leur état d’esprit : rouge pour le roi et l’infante, marron pour les vieux dignitaires, blanc et noir pour Rodrigue et Chimène. Une Chimène métisse, menue, dont la danse indécise d’amour et de vengeance entraîne Rodrigue dans des désirs de mort, d’amour, de mort-amour…jusqu’au moment où le roi décide que Chimène qu’elle le veuille ou non (elle le veut BEAUCOUP  au fond d’elle-même), épouse Rodrigue après que celui-ci se soit couvert de gloire. 

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© Cosimo Mirco Magliocca / Comédie-Française

Les acteurs, jeunes, vieux, moins vieux sont exceptionnels : chacun a sa manière d’exprimer le texte et chacune de ces manières est juste, pertinente et nous fait percevoir l’ambiguité des personnages, leurs conflits intérieurs, leurs passions, leur humanité.

Le plus merveilleux moment fut celui où, les acteurs revenaient sur scène sous les applaudissements et les vivas de groupes de jeunes enthousiastes, enfin réconciliés avec ce chef d’œuvre de notre patrimoine.

Assister aux dilemmes difficiles de personnages confrontés à leurs différentes responsabilités dans une période où le mot « valeur » semble une insulte, cela fait du bien, cela rassure. Car au fond, qu’est-ce que l’homme sinon cet être vivant travaillé en permanence par son libre-arbitre ?

Maya