photo : Roman policier - Imre Kertész - Actes Sud

Roman_policier___couverture4e de couverture

Un renversement politique, quelque part en Amérique latine. La dictature qui s'établit offre au simple policier Antonio Martens l'occasion inespérée d'intégrer l'armée. Il y rencontre Diaz, son supérieur aussi charismatique que louche, et l'acolyte de celui-ci, le sadique Rodriguez. Commencent alors des filatures au cours des­quelles sont fichés un grand nombre de ci­toyens irréprochables.

Peu après, Rodriguez installe dans leur bu­reau un instrument de torture et s'apprête à en faire usage. Martens fait face à ses propres sen­timents - trop faibles pour une véritable remise en cause, trop forts pour l'insouciance pure et simple. Jusqu'où fermera-t-il les yeux?

Ce Roman policier à grande puissance évo­catrice met en scène les ravages d'une terreur emblématique. A travers l'écriture, le bourreau Martens cherche la rédemption, à l'instar des victimes dans d'autres œuvres de Kertész.
© 1977 – 2001.
Traduction française pour Actes Sud : 2006

Né en 1929 en Hongrie, Imre Kertész a été déporté à quinze ans à Auschwitz. En 2002, il a reçu le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre, publiée en France par Actes Sud.

Ce court roman de 118 pages surprend.

Balayons la référence au genre littéraire : il ne s’agit pas d’un polar, mais plutôt d’une sorte de journal d’un policier tortionnaire.
Pas d’intrigue non plus, si ce n’est indirectement l’itinéraire d’une de ses victimes relaté dans un autre journal intime, acquis par ce policier, et qu’il parcourt du fond de sa prison : il a été en effet arrêté à la suite du renversement (dont on ne sait rien) de la dictature.

Le policier est étranger à lui-même, comme il l’est à l’humanité des autres.

Cette distance est l’un des leviers narratifs du texte : pas de justification, pas de recherche de rédemption, contrairement à ce qu’indique la 4e de couverture.

Il s’agit de la logique normale d’une institution répressive qui fait son boulot, selon la procédure, sans affect aucun. Et pourtant, le tortionnaire ne se dérobe pas à sa responsabilité et justifie d’avance le verdict du procès le concernant.

Il ne s’agit pas non plus de dénoncer la dictature, sa violence, les innocents fauchés. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas des héros ; ils sont désolants de romantisme et de naïveté.

Et pourtant, ce texte est puissant.
Sa brièveté permet une lecture d’une seule traite.
La qualité de l’écriture, sa musique même (« Je feuillette, je feuillette » écrit le policier en parlant du journal de sa victime, cette courte phrase venant rythmer les paragraphes, les pages, à intervalles irréguliers) retiennent l’attention, bercent le lecteur, et le temps passe. La lecture du livre est finie.